Le masque est tombé. Derrière les grands discours sur la démocratie, les droits humains et les « valeurs communes », les relations internationales obéissent de plus en plus à une règle brutale et assumée : la loi du plus fort. De l’Ukraine à Taïwan, du Venezuela à l’Afrique, la puissance s’impose, le droit recule, et l’hypocrisie prospère.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie a rappelé au monde que la souveraineté n’est respectée que lorsqu’elle ne contrarie pas les ambitions des puissants. La Chine, de son côté, maintient Taïwan sous une menace militaire permanente, convaincue que le rapport de force finira par l’emporter sur le droit des peuples. Ces deux situations révèlent une vérité dérangeante : le droit international est impuissant lorsqu’il se heurte aux intérêts stratégiques des grandes puissances.
Mais l’attitude des États-Unis mérite, elle aussi, d’être interrogée sans complaisance. Le président américain se pose en défenseur des valeurs universelles, tout en multipliant les pressions contre le Venezuela et en laissant planer la menace d’une mise sous tutelle politique, voire de l’arrestation de son président. Est-ce vraiment la démocratie qui est défendue, ou plutôt la volonté d’avoir la mainmise sur l’un des plus grands réservoirs de pétrole et de ressources naturelles au monde ? L’histoire récente montre que, trop souvent, les valeurs servent d’alibi à des intérêts économiques et géostratégiques bien précis.
Pour l’Afrique, cette brutalisation de l’ordre mondial n’a rien de nouveau. Le continent a longtemps été un laboratoire de la loi du plus fort : interventions étrangères, pillage des ressources, sanctions sélectives et ingérences déguisées en missions civilisatrices. Aujourd’hui encore, les pays africains savent que leur richesse naturelle est autant une bénédiction qu’une vulnérabilité dans un monde où la morale s’efface devant le profit.
Face à cette réalité, l’Afrique ne peut plus se contenter d’être spectatrice. L’heure est à la lucidité et à l’affirmation. Sans unité, sans souveraineté réelle et sans stratégie commune, le continent restera exposé aux appétits des puissances qui parlent de valeurs tout en agissant par la force. Dans un monde où le droit est devenu variable et sélectif, l’Afrique doit comprendre une chose essentielle : personne ne défendra ses intérêts à sa place.
Jean Pierre Ombolo
Relations internationales : la loi du plus fort ou l’hypocrisie des valeurs

