Drogue au Cameroun : Douala, nouveau carrefour du trafic en Afrique centrale ?

La récente saisie d’une cargaison de cocaïne à l’Aéroport international de Douala relance le débat sur l’ampleur du trafic de drogue au Cameroun.Dans les rues de Douala, capitale économique du pays, l’affaire n’a surpris personne. « La drogue circule déjà partout », confie un conducteur de moto-taxi du quartier Bépanda. « On voit les jeunes tomber dedans chaque jour. »Une ville stratégique pour les trafiquantsAvec son port, son aéroport et son intense activité commerciale, Douala constitue une porte d’entrée naturelle vers l’Afrique centrale. Les réseaux criminels exploitent ces infrastructures pour faire transiter cocaïne sud-américaine, tramadol, cannabis et drogues synthétiques.Si les autorités multiplient les saisies, les experts sécuritaires restent prudents : Douala n’est pas encore une plaque tournante comparable aux hubs ouest-africains, mais elle devient progressivement un corridor de transit vers les marchés régionaux.Une consommation désormais socialePlus inquiétant encore, la drogue ne se limite plus aux réseaux criminels. Elle a pénétré le tissu social camerounais.Dans les lycées, les universités, les quartiers populaires comme les zones résidentielles, la consommation touche désormais toutes les couches : élèves stressés par les examens, jeunes sans emploi, travailleurs soumis à la pression économique, voire personnes âgées en quête d’évasion.Les causes sont multiples : – chômage et précarité– urbanisation rapide et perte des repères sociaux– influence des réseaux criminels internationaux– banalisation culturelle de certaines substancesDes conséquences lourdesLe phénomène alimente la criminalité urbaine, la violence, la déscolarisation et les troubles sanitaires. Dans certains quartiers, les forces de sécurité constatent un lien direct entre drogue, banditisme et radicalisation des jeunes.Sur le plan sanitaire, les hôpitaux signalent une hausse des addictions, des troubles mentaux et des overdoses médicamenteuses, notamment liées aux opioïdes détournés.Quelles pistes de solution ?Les spécialistes s’accordent sur plusieurs axes prioritaires :– renforcer le contrôle des frontières et des infrastructures logistiques– investir dans la prévention scolaire et communautaire– créer des centres de désintoxication accessibles– lutter contre la corruption qui facilite les trafics– offrir des alternatives économiques aux jeunes vulnérablesCar au-delà du trafic, la drogue révèle une crise sociale plus profonde.Le Cameroun fait face à un défi de sécurité, mais aussi à une urgence sociale.Si rien n’est fait, la cocaïne et les drogues de synthèse pourraient transformer durablement le paysage urbain et humain du pays.

Jean Pierre Ombolo

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