Cameroun à la CAN au Maroc : l’illusion d’une prestation honorable


La participation du Cameroun à la Coupe d’Afrique des Nations qui se déroule actuellement au Maroc s’est achevée en quart de finale, après une défaite nette face au pays hôte sur le score de deux buts à zéro. Une élimination que les dirigeants de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) qualifient volontiers de « bonne prestation ». Pourtant, à y regarder de plus près, ce discours peine à convaincre une large frange de l’opinion et des observateurs avertis du football africain.
Car il faut le rappeler sans détour : l’objectif du Cameroun n’a jamais été d’atteindre simplement les quarts de finale. Nation historique du football africain, quintuple championne d’Afrique, le Cameroun se présente à chaque CAN avec l’ambition assumée d’aller au bout. Se satisfaire d’un quart de finale, surtout sans véritable résistance face au Maroc, relève davantage de la communication défensive que d’une analyse sportive lucide.
Une équipe amputée de ses cadres
Pour de nombreux analystes, cette élimination pose la question centrale des choix opérés en amont de la compétition. Le Cameroun s’est présenté au Maroc sans plusieurs de ses cadres emblématiques : André Onana, Vincent Aboubakar, Éric Maxim Choupo-Moting et Nicolas Ngadeu. Des joueurs d’expérience, rompus aux joutes internationales, capables de stabiliser un groupe et de faire la différence dans les moments clés.
Certes, le rajeunissement de l’effectif est une nécessité dans toute sélection nationale. Mais renouveler ne signifie pas effacer. Une transition réussie repose sur une osmose intelligente entre les anciens et les jeunes talents. Les « jeunes loups » des Lions Indomptables ont montré de l’envie, de l’énergie et parfois de belles promesses. Mais livrés à eux-mêmes, sans leaders naturels sur le terrain, ils ont logiquement montré leurs limites face à une équipe marocaine mature, structurée et portée par son public.
Un résultat trompe-l’œil
C’est précisément pour cette raison que de nombreux observateurs qualifient le parcours camerounais de résultat trompe-l’œil. Atteindre les quarts de finale peut, sur le papier, sembler honorable. Mais cette performance masque des insuffisances plus profondes : manque de leadership, déficit d’expérience, animation offensive stérile et incapacité à élever le niveau dans les matchs à forte intensité.
En réalité, le Cameroun pouvait et devait faire mieux. Avec un encadrement technique apaisé, des choix sportifs cohérents et une meilleure gestion des ressources humaines, les Lions Indomptables avaient les moyens d’aller au-delà de ce stade de la compétition.
Regarder la vérité en face
Se satisfaire d’un quart de finale, c’est prendre le risque d’abaisser les standards d’une nation qui a longtemps fait trembler l’Afrique du football. Le Cameroun n’a jamais bâti sa légende sur la résignation ou l’autosatisfaction, mais sur l’exigence, l’ambition et la remise en question.
Si le football camerounais veut retrouver sa place au sommet continental, il devra cesser de travestir les échecs en réussites, accepter les critiques constructives et replacer le projet sportif au-dessus des calculs institutionnels. À défaut, les résultats continueront de donner l’illusion du progrès, tout en éloignant un peu plus les Lions Indomptables de leur glorieux passé.

Jean Pierre Ombolo

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