Un an après leur déploiement en Haïti, le constat est implacable : la mission des 400 policiers venus du Kenya n’a pas inversé la courbe de l’insécurité. Pire, la situation s’est aggravée dans la capitale, Port-au-Prince, toujours sous l’emprise de gangs lourdement armés. Ce qui devait être une réponse internationale rapide s’apparente désormais à un pari mal calibré dès le départ.
Une erreur de casting sécuritaire
Dès l’annonce de cette mission, une question s’imposait : pourquoi envoyer des policiers pour mener une guerre que même des forces militaires auraient du mal à gagner ? En Haïti, les groupes armés ne sont pas de simples bandes criminelles. Ils contrôlent des territoires, disposent d’armes de guerre et opèrent avec une logique quasi-insurrectionnelle.
Face à une telle menace, le choix d’une force essentiellement policière relevait d’une sous-estimation flagrante du terrain. Le maintien de l’ordre n’est pas la reconquête d’un territoire. Or, c’est bien de cela qu’il s’agissait.
Une logistique indigente face à des gangs suréquipés
Deuxième faille majeure : le manque criant de moyens. Les policiers kenyans sont arrivés avec un dispositif limité, loin des standards d’une opération robuste. Peu ou pas d’hélicoptères, une mobilité réduite, un renseignement insuffisant. En face, les gangs, eux, maîtrisent le terrain, se déplacent rapidement et disposent d’armes sophistiquées.
Dans ces conditions, la mission était condamnée à subir plutôt qu’à agir. Impossible de reprendre l’initiative sans supériorité logistique. Impossible de sécuriser durablement sans présence massive et dissuasive.
Une mission sans stratégie politique claire
Au-delà de l’aspect militaire ou sécuritaire, c’est toute la stratégie internationale qui interroge. Aucune solution sécuritaire ne peut réussir sans un cadre politique solide. Or, Haïti reste plongé dans une crise institutionnelle profonde, sans véritable gouvernance stable.
Envoyer des forces étrangères sans traiter les causes structurelles – pauvreté extrême, corruption, vide institutionnel – revenait à poser un pansement sur une plaie béante.
Et maintenant, le recours aux soldats tchadiens
Face à cet échec, la communauté internationale envisage désormais de faire appel à des troupes venues du Tchad. Un changement de cap qui reconnaît implicitement les limites de l’approche initiale.
Mais la question demeure : ces soldats feront-ils mieux ?
Rien n’est moins sûr. Certes, une force militaire mieux équipée pourrait contenir temporairement les gangs. Mais sans stratégie globale, sans coordination efficace et sans reconstruction de l’État haïtien, le risque est grand de répéter les mêmes erreurs.
Une leçon pour la communauté internationale
L’échec de la mission kenyane en Haïti n’est pas seulement opérationnel. Il est révélateur d’une tendance plus large : celle de réponses internationales improvisées face à des crises complexes.
Haïti n’avait pas besoin d’une solution symbolique. Il lui fallait une intervention robuste, cohérente et multidimensionnelle.
Un an plus tard, le pays reste à genoux. Et la communauté internationale, elle, semble toujours chercher la bonne formule.
Jean Pierre Ombolo

